écrit,  texte court

Trop tard

J’ai toujours connu les maisons sur pilotis automatisés. Pour aller à l’école, nous prenons le Batobus pour nous rendre sur l’île où elle est située, à plus d’un kilomètre de chez nous. Grand-père nous a raconté que quand il était jeune il y avait une vraie route jusque là-bas et qu’il y allait à pied ou en vélo. Il peut pas nous montrer parce que ses photos numériques elles sont trop usées et sont plus lisibles sur nos quantateurs. Des fois avec ma sœur on se demande s’il nous dit pas des craques.

Il pleut depuis deux ans maintenant, sans arrêt. La dernière fois que j’ai vu le soleil c’était au printemps 2080, j’avais six ans et jamais je n’avais vu ça. C’était tellement magnifique, ce beau soleil et tous ces jolis nuages et le soir, le soleil tout rouge qui se couchait au loin là-bas dans la mer. Cela avait duré tout un mois, un mois historique ils avaient dit sur Worldnet. A présent, les gens du gouvernement mondial commencent à dire que si le mauvais temps persiste sur notre planète, il faudra remonter le niveau des pilotis. A chaque fois ça le faire rire mon grand-père, et il dit que depuis le temps ils auraient mieux fait de remonter le niveau de leur intelligence. Mais moi je sais qu’il rigole pas au fond et que, quand il nous regarde ma sœur et moi, je vois bien qu’il est triste.

Une fois, je lui ai demandé si un jour on habiterait une vraie maison et si on serait plus obligé de prendre des bateaux pour aller où on a envie. Il m’a souri de ce même air triste. Puis il m’a serré dans ses bras en ne cessant de répéter « Je suis tellement désolé…». Je crois qu’il pleurait.

FAB, 23/06/2016

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